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Jim Fergus ou la possibilité de voyager toujours plus 20 janvier, 2012

Classé dans : adultes,Nos suggestions de lectures et nos coups de coeur — bibliothequeallonville @ 17:12

Jim Fergus ou la possibilité de voyager toujours plus dans Nos suggestions de lectures et nos coups de coeur 9782266217460  1000 femmes blanches

Voici un récit basé sur des faits historiques mais très largement romancé. Les personnages qui composent ce roman sont tous fictifs et pourtant, Jim Fergus arrive à nous les rendre tellement familiers qu’on a du mal à croire qu’ils n’ont jamais existé. Voici donc l’histoire folle (et le mot est bien choisi) de May. Issue d’une famille aisée de l’Amérique à la fin du XIXème siècle, May, par amour, choisit de transgresser les règles sociales et quitte sa famille pour s’installer avec un simple ouvrier avec qui, alors  même qu’elle n’est pas mariée, elle va avoir deux enfants. Sa vie bascule tragiquement une nuit où son mari s’est absenté. On vient lui arracher ses enfants et elle est internée en hôpital psychiatrique par sa propre famille pour déviance sexuelle. Là-bas, pendant plusieurs mois elle y subit des sévices et connait l’isolement, envahie continuellement par cette question qui la taraude, « que sont devenus mes enfants ? » Et puis, un jour une proposition est faites aux moins démentes de l’hôpital : devenir missionnaires au service de l’Etat auprès du peuple Cheyenne afin de permettre à ces derniers une meilleure intégration dans la société « civilisée ». Pour ce faire, il faut qu’elles acceptent de devenir les épouses de ces hommes et soient en mesure de leur faire des enfants. En contrepartie, elles seront libres de quitter leur mission au bout de deux ans et retrouveront leur entière liberté. May y voit son unique chance de pouvoir revoir un jour ses enfants et s’engage, déterminée, dans cette mission. Après le long, le très long trajet qui les conduit à leurs nouvelles vies et les angoisses que tout ceci suscite, elles arrivent enfin à destination. Mais la réalité dépasse complètement tout ce qu’elles avaient pu imaginer. Pourtant, coûte que coûte, elles s’accrochent et finalement s’intègrent à leur nouveau mode de vie. Ceci est sans compter sur la cruauté dont est capable l’homme blanc… C’est un livre magnifique et très intelligemment écrit. En le lisant j’avais réellement eu l’impression d’être assise dans ce train avec ces femmes, je partageais leurs craintes et leurs rires. Les paysages qui défilaient devant leurs yeux défilaient en même temps devant les miens.  J’ai senti sur ma peau la douceur des vêtements Cheyenne, la chaleur du feu de bois essentiel à leur survie, la froideur de l’eau de la rivière, le vent glacial de l’hiver… J’ai aimé en même temps qu’elles, pleuré en même temps qu’elles, espéré et désespéré aussi…bref, j’ai fait un énorme voyage par delà les frontières et le temps, par delà les cultures et les gens, sans même quitter mon chez moi. De ce livre j’en sors différente, comme si quelque part, cette histoire je l’avais vécue…

 

 

9782266217453 dans Nos suggestions de lectures et nos coups de coeur   La fille sauvage

 Nous sommes en 1932 aux Etats-Unis. Ned est un jeune garçon que la vie n’a pas particulièrement gâté. Encore adolescent il perd sa mère de maladie et son père, ne supportant pas le départ  de sa femme, se suicide, le laissant seul pour affronter le monde avec pour uniques armes une voiture et un peu d’argent. Ned, passionné par la photographie, va se faire un petit plaisir en s’offrent un superbe appareil photo. Afin d’éviter les services sociaux, il quitte la maison familiale et part à l’aventure à bord de sa nouvelle voiture, commençant alors à tenir des carnets de notes qui nous sont ici retranscrits. C’est à travers eux que nous vivons l’histoire. Ned, très débrouillard, vit de petit boulot en petit boulot. Sa route le mène un jour au Mexique où il va vivre une histoire extraordinaire, presque improbable, qui va bouleverser sa vie. Là, aux confins de la Sierra Madre  une expédition est organisée pour aller rechercher le jeune Huerta, enlevé sauvagement par des Bronco Apaches quelques années plutôt. Tous les jeunes hommes de bonnes familles avides d’aventures ainsi que d’anciens militaires se précipitent pour ne pas manquer l’événement du moment. Ned réussit à se faire engager comme photographe officiel de l’expédition. Dans le village qui accueille l’expédition, la rumeur court qu’une jeune sauvage a été capturée et ramenée par le vieux Bille Flowers, un chasseur de pumas. Ned, très curieux, s’empresse de trouver le moyen de la prendre en photo. La pauvre fille, très vite surnommée la Nina Bronca, a été enfermée dans la prison, car considérée comme très dangereuse. Ned, la trouve là, blottie sur le sol froid, les yeux dans le vide. Il est saisi de compassion pour cette jeune fille qui se laisse mourir, n’acceptant ni eau ni nourriture. Avec son groupe d’amis, composé d’une jeune anthropologue, d’un fils de riche homosexuel venu prouver sa virilité à son père et son employé, ils entreprennent de ramener la jeune fille dans son village et de l’échanger contre le jeune Huerta. Accompagner de deux indiens éclaireurs, devenus « civilisés » dans les réserves, ils entreprennent ce pari fou. Commence alors une histoire qu’ils n’auraient pu imaginer même dans les plus tordus de leurs rêves.

Encore une fois, Jim Fergus use de son talent de narrateur pour nous faire entrer dans l’histoire jusqu’à avoir l’impression d’en être un propre acteur. Chaque mot, chaque phrase raisonnent en nous. Il est presque impossible de décrocher les yeux de ce livre tant on est emporté dans l’histoire. J’ai tremblé en ayant la boule au vendre de peur, comme eux, je me suis émerveillée devant la beauté de cette nature sauvage, j’ai détesté les renégats qui font énormément de mal à leur peuple et j’ai aimé. Oui, j’ai aimé la Nina Bronca comme Ned a pu l’aimer, j’ai aimé chaque membre de cette tribu et j’ai aimé ce petit groupe d’intrépides inconscients qu’a formé Ned et ses amis. J’ai aussi été prise d’incompréhension face à la barbarie des hommes et à leur stupidité. Lorsque j’ai refermé ce livre, j’ai ressenti une profonde tristesse car je venais de terminer cette histoire alors que j’aurai tellement aimé qu’elle continue encore. J’ai même été prise d’une certaine nostalgie. Cette histoire est encore une fois tirée de faits réels mais romancés. La Nina Bronca a vraiment existé  ainsi que l’expédition de jeunes gens fortunés qui, au nom de la défense de leur pays, ont participé aux massacres d’Indiens.

9782749106496  Marie-Blanche

Avec ce dernier livre nous changeons  complètement de registre. C’est une fresque familiale dans laquelle Jim Fergus s’inspire de sa propre histoire de famille. L’histoire commence en 1996, lorsque Jim Fergus rend visite à sa grand-mère, Renée, fort âgée et déjà sénile, dans le but d’essayer de comprendre cette femme et peut être de lui pardonner. En effet, Renée d’un caractère tyrannique et froid, a anéanti la vie de sa famille, surtout celle de sa propre fille Marie-Blanche, la mère de Jim Fergus. L’auteur remonte alors le cours de l’histoire et dresse le tableau entier de cette femme hors du commun. Renée est issue d’une grande famille d’aristocrates français. A la fin du XIXème siècle l’aristocratie se complait dans ses rentes et il est fort peu bien vu de penser à travailler. Pourtant, les richesses de la famille s’épuisent peu à peu jusqu’à les pousser à se séparer de leur domaine. Intervient alors l’oncle Gabriel, frère de son père, qui va sortir la famille de la torpeur en leur proposant de le suivre en Egypte pour travailler  avec lui dans son exploitation. Gabriel est l’amant caché de la mère de Renée, mais cette dernière s’en entiche très vite et détrône sa mère en passant dans le lit de son oncle. Désormais Renée va plonger dans un autre monde où elle pense pouvoir tout contrôler, mais c’est sans compter sur le caractère calculateur et égoïste de Gabriel. Au total, Renée sera mariée trois fois. De son premier mariage, qui relève plus d’une union de raison que d’un véritable amour, va naître deux enfants, dont Marie-Blanche. Leurs histoires s’entrecroisent dans le livre et on les découvre mutuellement. Marie-Blanche est plutôt gauche, pas très intelligente et n’a pas le physique avantageux de sa mère, ce que cette dernière lui reprochera incessamment. Renée va s’entêter à la rendre comme elle aurait aimé qu’elle soit, jusqu’à lui  payer de la chirurgie esthétique pour rectifier son nez disgracieux. Renée lui présente tous les jeunes hommes de bonne famille en âge de se marier, mais rien n’y fait. Marie-Blanche se marie finalement en cachette avec un simple employé.  Au début très heureuse, elle va sombrer dans un alcoolisme qui va s’aggraver à la perte de son premier enfant. Il n’y a pas à dire, Jim Fergus a l’art et la manière de plonger ses lecteurs au cœur de l’histoire et de saisir toute l’humanité de ses personnages. Ce dernier ouvrage est très émouvant et emprunt d’humilité. On ne peut faire autrement que de s’attacher à ces femmes pourtant si différentes, mais qui finalement souffrent du même mal : la peur de ne pas être aimé. L’une réagit en battante et l’autre en vaincue ce qui, de fait, leur offre une destinée complètement opposée. Encore un roman bien réussi que l’on prend plaisir à dévorer.

 

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